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Nouvelles

Décès de Philippe de Heering - le 26/10/2015 @ 13:48

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Le 3 octobre 2015 Philippe de Heering est décédé à l’Hôpital Erasme à Bruxelles. Le défunt était un membre actif de la communauté paroissiale depuis de longues années.

Philippe était le fils du deuxième « starosta » de l’église, Alexis Edouardovich de Heering.
Ingénieur civil électronicien (UCL 1965), il commença sa carrière au centre de recherches navales de La Spezia. Suivit un séjour au Canada (Toronto puis Ottawa) où il s’occupa de recherche scientifique sous-marine dans l’Arctique, puis le retour en Europe. Philippe termina sa carrière à l’Office Européen des Brevets à Noordwijk (Pays-Bas).

Ces dernières années et jusqu’à quelques semaines avant son décès, on le voyait à l’église, fortement affaibli par la maladie. Philippe était toujours prêt à mettre ses talents d’ingénieur au service de notre église ; il participa avec le Dr. Dourdine Mak à établir le relevé du patrimoine de celle-ci.

Philippe laisse une épouse, Olga Alexeevna Evreinoff, et trois enfants, Matthieu, Nikita et Xénia.

L’office de funérailles fut célébré à l’église le 8 octobre 2015 ; il fut suivi de l’inhumation au cimetière d’Ixelles.

Mémoire éternelle. Prions que Dieu l’accueille parmi ses saints.

L’office du quarantième jour sera célébré le 11 novembre 2015 à 12.00.

Nous venons d’apprendre le décès à Belgrade de la fille ainée de l’ archiprêtre Cedomir qui fut de longues années célébrant dans notre église. Ces dernières années, Desanka, que tous connaissaient sous le nom de Seka, s’occupait de sa mère, la « matouchka » de l’ archiprêtre Cedomir qui était revenue à Belgrade quelques années après le décès de son mari.
La défunte laisse une fille, Dragana.
Mémoire éternelle pour l'archiprêtre Cedomir, Desanka et Zora, sa sœur cadette.

Message - le 23/09/2015 @ 21:15

Pendant les vacances de père Leonid, les offices seront célébrés par père Vassily :
-          27 et 28 septembre
-          3 et 4 octobre
-          8 octobre

L’icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Koursk visitera notre église du 14 au 17 juillet. Les offices suivants sont prévus :
Mardi 14/7 à 18.00 : Moleben et hymne acathiste à la Mère de Dieu
Mercredi 15/7 à 18.00 : Moleben et hymne acathiste à la Mère de Dieu
Jeudi 16/7 à 18.00 : Moleben et hymne acathiste à la Mère de Dieu
Vendredi 17/7 à 10.00 : Commémoration du meurtre de Nicolas II et de la Famille Impériale le 17.O7.1918 à Ekaterinburg : Liturgie.

En outre, le Père Léonide est disposé de se rendre avec l’icône au domicile des personnes malades ou âgées qui en exprimeraient le souhait (prière de prendre rendez-vous au
 0483 476807.

Remerciements - le 16/06/2015 @ 20:06

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Lors de sa dernière réunion, le Conseil Paroissial de notre église a tenu à féliciter tous les membres de notre chœur et les remercier pour la qualité des chants que nous pouvons entendre lors des offices religieux, et en particulier lors de la Semaine Sainte et de la fête de Pâques.
Il faut se souvenir que la qualité et l’harmonie du chant religieux sont essentiels pour le recueillement des fidèles et contribuent « à la beauté de la maison du Seigneur » (prière derrière l’ambon lors de la conclusion de la liturgie).
Rappelons enfin, si besoin est, que l’activité de notre chœur est absolument bénévole.

Fête de la Paroisse - le 25/05/2015 @ 09:46

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Le mardi 19 mai, jour de notre Saint Patron Job, l'office a été présidé par son Excellence Mgr. Michel.

Le prêtre Georges  Machtalère (Eglise des Saints Apôtres Pierre et Paul à Luxembourg - ERHF) , le diacre Volodymyr Svystun (Cathédrale de l'Exaltation de la Sainte Croix à Genève) ainsi que Georges Soloviev  (Eglise de la Résurrection du Christ à Meudon - France) avaient été conviés à cette célébration.

Voici quelques photos prises lors de cet évènement (cliquez ici)

In memoriam - le 17/05/2015 @ 13:25

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Le 19 mai, jour de fête de notre paroisse, coïncide avec le troisième anniversaire du rappel à Dieu de notre archiprêtre Eugène Sapronov.

Mémoire éternelle !

Pèlerinage - le 12/05/2015 @ 09:36

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Le samedi 25 avril, des orthodoxes de Bruxelles et de Namur se sont rendus en pèlerinage à Andenne, au tombeau de sainte Begge, une sainte belge du VIIe siècle, qui a fondé un monastère autour duquel a été bâtie ensuite la ville d’Andenne.

Les reliques de la sainte reposent dans la [nouvelle] collégiale bâtie à la fin du XVIIIe siècle à l’emplacement de l’ancienne et avec les pierres des sept églises que la sainte avait fondées [et qui, trop vétustes, ont été démolies]. Dans la collégiale, J. Hamblenne auteur d’un livre sur les Saintes et saintes de Belgique au premier millénaire, a raconté aux pèlerins la vie de sainte Begge, Françoise Lhoest le traduisant en russe.

Le premier office d’action de grâces auprès des reliques a été célébré en roumain par le père Ciprian Grădinaru, qui dessert le monastère de la Protection de la Mère de Dieu à Vedrin. Ensuite le groupe des Roumains s’est joint au groupe [arrivé un peu plus tard] emmené par le père Léonide.

Les pèlerins ont pu vénérer une parcelle, conservée dans une monstrance, du crâne de la sainte, puis la châsse de ses reliques. Les petits enfants ont pu passer à quatre pattes entre le tombeau de la sainte et sa pierre tombale qui repose sur des piliers : dans le balcon qui la protège, deux ouvertures ont été spécialement ménagées à cet effet. Cela vient du particulier attachement des parents à la sainte. Comme les organisateurs l’ont expliqué aux pèlerins, les parents ont recours à sainte Begge lorsque leurs enfants sont malades, et une fois la guérison obtenue, ils laissent à leur sainte aide, en signe de reconnaissance, des petits vêtements d’enfant, des jouets et des chaussures. « Bien de enfants wallons ont fait leurs premiers pas sur le tombeau de la sainte » a dit et écrit J. Hamblenne. 

Tout à côté de la collégiale se trouve la Fontaine Sainte-Begge, les pèlerins ont bu de son eau, s’en sont lavé le visage et les mains et quelques-uns ont emporté de l’eau dans une bouteille. Auprès de la fontaine, les pèlerins ont chanté l’acathiste à la sainte [composé par Claude Lopez-Ginisty, sous–diacre et ancien professeur de lettres en Suisse Romande], avant le pique-nique, la petite promenade en forêt entre Andenne et Huy, et le retour.

Vladimir Dobrovolsky



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Interview de M. André Droutskoy - le 02/05/2015 @ 17:13

André Vladimirovitch Droutskoy-Sokolinsky : « Je suis trop faible de caractère pour pouvoir vivre en Russie ».

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On considère généralement que les émigrés russes ne sont pas particulièrement solidaires. Mais cela concerne plutôt l’émigration de la vague post-soviétique en Occident. Et on est bien obligés d’en convenir, surtout si on compare avec les autres diasporas, juive, chinoise ou même italienne. Toutefois, comme le démontre le héros de notre rubrique, descendant d’émigrés de la première vague, sans la solidarité des Russes qui s’étaient trouvés à l’étranger sans l’avoir voulu après la révolution, sans cette solidarité, à Bruxelles l’église-mémorial Saint-Job-le-Grand-Souffrant n’aurait pas été bâtie. Car ce n’est que grâce à un petit groupe très soudé de gens qui sont depuis des décennies en relations qu’est née la communauté ecclésiale dont le marguillier fut pendant de longues années notre interlocuteur, le prince André Vladimirovitch Droutskoy-Sokolinsky.
 
Avant de parler d’André Vladimirovitch qui a aujourd’hui 95 ans déjà, on ne peut passer sous silence la personnalité de son père qui fut témoin de l’effondrement de l’Empire russe à la révolution, qui connut personnellement le tsar Nicolas II ainsi que l’impératrice, et qui a décrit tout cela dans ses mémoires. Et très certainement, le rude destin de l’ancien gouverneur de la province de Minsk, le prince Vladimir Andréiévitch Droutskoy-Sokolinsky n’a pas manqué de se refléter sur la vie et le sort de son fils le prince André Vladimirovitch qui, avec ses parents, est passé par toutes les épreuves qui ont été le lot des réfugiés russes de la première vague de l’émigration. Ils ont tous vécu de profondes souffrances pour le sort de leur patrie, et s’étant eux-mêmes trouvés dans un milieu tout à fait étranger, parfois dans une misère noire, avec une nostalgie incurable et sans la possibilité de rentrer un jour au pays.
 
Pourriez-vous nous parler de l’histoire de votre famille ?
 
Mais certainement. Mon père est né à Saint-Pétersbourg en 1880 et est sorti diplômé en 1901 du Collège impérial de Droit, l’un des établissements d’enseignement privilégiés de l’époque. Si l’on en croit ses souvenirs, mon père n’a pas aimé la vie mondaine de Saint-Pétersbourg. Elle lui semblait assez vide et il est parti en province, a commencé sa carrière à Pétrokov[1] comme chef de la chancellerie du gouverneur. Soit dit en passant, l’arrière-petite-fille de ce gouverneur est une paroissienne de notre église : Anastasia Mikhaïlovna Artsimovitch (épouse du comte Bennigsen). Par la suite, il a été muté à Kostroma où il a vécu sept années heureuses. Tous ses souvenirs, il les a consignés dans deux livres, l’un : Au service de la patrie : les notes d’un gouverneur russe où mon père raconte sa vie de 1914 à 1918. Il a écrit ce livre avant l’autre parce qu’il considérait ces années comme les années tragiques de la vie politique russe et que cette époque pourrait présenter un intérêt pour les générations futures.

Qu’est-il arrivé ensuite ?
 
Après Kostroma, mon père a été nommé vice-gouverneur de Mohyliov. Et au début de 1916, il est devenu gouverneur de la province de Minsk, mais il n’a pas pu y exercer longtemps cette fonction : moins d’un an. À Minsk, le prince a eu le bonheur de rencontrer sa future épouse, ma mère, née Lydia Andréievna Chirkiévitch, qui était native de Minsk. Ils se sont mariés en juillet 1918. À ce moment-là, mon père avait été renvoyé de son poste de gouverneur, arrêté par la Tchéka, mais par miracle, il a été libéré.
 
Comment votre père a-t-il pu échapper à la prison et n’a-t-il pas été fusillé, car en fait, il avait refusé de collaborer avec le nouveau pouvoir ? D’ordinaire, des gens comme lui n’étaient pas épargnés.
 
Eh bien voilà : toute une équipe est venue arrêter mon père. Ils se sont mis à fouiller dans les papiers et les photos. Leur chef a pris une photo et a dit : « C’est le capitaine d’état-major Tomisitch ? » Ma mère a répondu « Oui ». « J’étais le palefrenier qui s’occupait des chevaux de feu votre mari. Quel officier remarquable c’était ! Je m’en souviens encore » La perquisition fut rondement menée : ils ont emmené mon père, mais ils l’ont libéré rapidement car ils ont remarqué que la dénonciation le concernant n’était qu’un tissu de mensonges. Mon père n’a pas tardé à rejoindre le sud de la Russie, l’administration du général Dénikine. C’est précisément alors que je suis né, à Ekatérinodar qui s’appelle maintenant Krasnodar. Finalement l’Armée Blanche n’a pas réussi à dénouer l’imbroglio de la situation politique et mon père a décidé qu’il fallait quitter la Russie. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés en Italie. En mai 1920, nous avons accosté à Venise. La cousine germaine de mon père vivait en Italie et elle a pris à sa charge tous les frais de notre séjour. C’est à Florence qu’a commencé notre vie d’émigrés. Nous ne connaissions pas la faim, mais il s’en fallait de peu. Par miracle, mon père a trouvé un travail dans une banque. Ma mère s’est mise à aider une tailleuse russe qui avait fondé une affaire plutôt prospère, son salon de modes. Mais la crise des années trente s’est fait sentir et nous avons décidé de partir pour Rome pour pouvoir mieux vivre. Ma mère a essayé d’ouvrir un petit magasin de mode. J’avais 15 ans à cette époque.
 
Quelle était la situation politique à cette époque en Italie ?
 
De nouveau nous sommes mal tombés. Mussolini avait conquis l’Éthiopie et des sanctions avaient été décrétées contre l’Italie. Il n’y avait plus de touristes et le magasin de ma mère a fait faillite. Finalement, pour nourrir sa famille, mon père a entrepris une activité artisanale : produire des puzzles. Il collait l’image sur une fine planchette, et ensuite il découpait le dessin à l’aide d’une scie à découper. À l’époque, je donnais des leçons de mathématiques. Cela a duré jusqu’à la mort de mon père en 1943. Les temps étaient durs, nous étions presque affamés.
 
Toutefois, malgré les difficultés, vous avez survécu et vous avez même obtenu un diplôme d’ingénieur électricien de l’Université de Rome. Quelle a été ensuite votre carrière ?

Après la guerre, j’ai dû assurer la subsistance de ma famille et heureusement j’ai trouvé un emploi bien rémunéré dans une organisation militaire américaine qui s’occupait d’observer et aider à rebâtir tout ce qui avait été détruit pendant la guerre, en particulier les centrales électriques. Et puis la situation a commencé à se rétablir ; en 1947 j’ai cherché quelque chose de plus sûr et je suis entré dans une firme italienne où j’ai travaillé jusque 1955. Le directeur de cette firme profitait de ma connaissance de l’anglais et me demandait de l’accompagner à tous les symposiums internationaux à Paris, où ensuite l’un des ingénieurs m’a proposé de venir travailler en Angleterre. Et de nouveau, en raison de ma bonne connaissance du français, et ensuite, du fait qu’il s’intéressait à un projet qui m’occupait à cette époque.

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Que vous connaissiez le français dès votre enfance, cela se comprend vu vos origines nobles, d’autant plus que votre grand-mère, m’a-t-on dit, était à demi-française. Mais d’où vous venait votre connaissance de l’anglais ? Vous l’avez étudié à l’université ?
 
Mon père était un homme prévoyant. Il avait beau être fortement germanophile, il a compris que l’avenir n’était pas en Allemagne mais dans les pays anglo-saxons. Et à partir de l’âge de huit ans, j’ai eu pour préceptrice une vieille et forte anglaise, Miss Bull. Elle était charmante. Je me souviens encore d’elle. Tout le monde me taquinait en disant que je dansais avec elle autour de la table. Depuis ce temps-là, je parle anglais.
 
Que vous est-il arrivé ensuite ? Comment vous êtes-vous retrouvé à Bruxelles ?
 
Avant Bruxelles, j’ai vécu 5 ans en Angleterre, où j’ai rencontré une charmante jeune fille, ma future épouse qui partage ma vie depuis 56 ans. J’avais un très bon salaire, mais comme ma mère était restée en Italie et que je devais pourvoir à sa subsistance, j’ai cherché de nouveau quelque chose de plus intéressant, et un an plus tard, je suis venu m’établir avec mon épouse en Belgique. Mais dès que nous avons déménagé à Bruxelles, on m’a proposé de remplacer mon collègue à Bagdad où nous avons vécu ensuite trois ans. Après cela nous sommes revenus à Bruxelles et ma mère est venue nous rejoindre en 1963. Elle a vécu avec nous jusqu’à sa mort en 1972.
 
À en juger par l’immense piano à queue dans votre salon, votre épouse est musicienne ?
 
Quand j’ai fait sa connaissance, elle était en troisième année au conservatoire de Londres. Comme ma future femme était Anglaise, j’espérais qu’au petit-déjeuner, j’aurais des œufs sur le plat au bacon et que le soir elle jouerait des concerts. Mais ni l’une ni l’autre de ces hypothèses ne s’est vérifiée. Dès que les enfants sont nés, plus personne n’a touché ce piano.
 
Célia Georgievna, l’épouse d’André Vladimirovitch connait parfaitement quatre langues étrangères, mais surtout, elle parle excellemment le russe. Étant depuis longtemps l’épouse d’un Russe, elle a dû étudier non seulement la langue mais aussi la culture russe dont la foi orthodoxe est une part inaliénable. Elle doit sa connaissance du russe à sa belle-mère qui a vécu avec eux neuf ans. Et pour ce qui est de la foi, elle l’a embrassée non pas tout de suite après son mariage, mais il y a seulement vingt-cinq ans. André Vladimirovitch n’a pas du tout insisté pour qu’elle devienne orthodoxe : son épouse était anglicane. Mais avec le temps, Célia a compris le lien et sa proximité spirituelle avec l’Église orthodoxe, elle a été charmée par les rites et l’esprit même de l’Orthodoxie. Depuis bien des années, elle chante dans la chorale paroissiale. Les paroissiens de ce temps-là, eux aussi descendants de l’émigration « blanche », sont devenus des proches amis de la famille.
 
La foi orthodoxe vous a été inoculée dès l’enfance ou vous êtes devenu croyant à un âge déjà conscient ?
 
Mon père était très pieux. C’était le marguillier de l’église de Florence, une merveilleuse église, construite encore assez longtemps avant la révolution. J’ai naturellement grandi dans une famille profondément orthodoxe, et je n’ai jamais douté de ma foi. Quand je me suis trouvé à Bruxelles, il y avait ici un petit groupe de gens dont la majorité appartenait à une certaine classe. Quand j’allais à l’église, je connaissais tout le monde ou presque par cœur, personnellement. Même chose à Rome et à Florence. Nous tous les émigrés, nous nous rencontrions et nous nous parlions grâce à l’église. À Rome en ce temps-là, il y avait une colonie russe, avec un club russe et une bibliothèque russe. Nous avions des controverses, répandions des potins, nous nous vexions et malgré tout, nous cherchions à maintenir la cohésion entre nous tous. Quand je suis arrivé à l’église ici, j’ai été accueilli comme l’un des leurs. C’était en 1963. La communauté existait déjà. Le recteur de l’église était Jean de Shanghaï, qui ensuite a été canonisé. Je l’ai encore vu pour quelques mois. On pourrait difficilement l’oublier. Il marchait nu-pieds dans des sandales et ses longs cheveux flottaient sur ses épaules. C’était un saint homme.
 
Et comment avez-vous été accueilli dans l’église ?
 
La première fois que j’y suis venu, j’ai vu un homme au visage sévère, grand et fort comme un preux russe, qui avait passé toute sa vie professionnelle en Afrique. C’était le prince Vsévolod Mikhaïlovitch Obolensky. Il m’a tendu la main et m’a dit en souriant : « Je me présente : Obolensky. Apparemment vous n’habitez pas loin de chez moi ? J’espère que nous nous rencontrerons souvent. » Ensuite nous avons fait connaissance avec les Apraxine, les Nabokoff et d’autres. La vie était très limitée à cette compagnie, même si nous avions des contacts avec les Belges, mais nous étions unis par la langue, par des opinions politiques de même nature plus, évidemment, la foi et la culture russes.
 
Que mettriez-vous dans le concept de culture russe et comment cette culture a-t-elle influencé votre vie ? Car enfin vous n’avez jamais vécu en Russie.
 
Effectivement, je n’ai jamais vécu en Russie, mais j’ai pourtant vécu dans la culture russe et ma vie s’est déroulée dans la culture russe. Mon père lisait merveilleusement bien. Presque chaque jour, il nous faisait la lecture. Avec du sentiment, et l’intelligence du texte. Je connais par cœur certains textes, de Gogol, par exemple. C’était cela pour moi la culture russe, qui continue de vivre en moi. La littérature russe contemporaine, je ne la comprends pas. J’ai essayé de lire certains auteurs russes, Axionov, par exemple, mais cela ne m’a pas plu. Je m’en fais le reproche. Car enfin, on ne peut pas s’arrêter à Tolstoï : le temps avance et la littérature se développe en même temps que la société. Mais c’est partout le propre de la vieillesse de n’accepter rien de nouveau.
 
Quand êtes-vous allé en Russie pour la première fois et quelles ont été vos impressions ?
 
C’était en 1978 : avant cela je n’avais qu’un passeport Nansen de réfugié. Mais dès que j’ai eu un passeport belge, la première chose que j’ai faite était de me rendre au pays de mes ancêtres. Ce fut un grand choc de me trouver pour la première fois dans un pays où tout le monde parlait russe. Dès le passage de la douane à l’aéroport, un premier incident. Quand j’ai passé le contrôle des passeports, j’avais à l’épaule un sac contenant un journal belge et une revue anglaise, le « Тime international magazine». On m’a permis de conserver le journal, mais pas la revue, qui a intéressé le KGB et on me l’a confisquée, à cause d’un article sur l’Union soviétique. Le KGB se posait beaucoup de questions. Car nous, les descendants de l’aristocratie, étions considérés comme des ennemis et des traîtres. Grâces à Dieu, il n’y a pas eu de suite, on m’a simplement interrogé et fait signer un procès-verbal, puis on m’a aussitôt relâché. J’ai eu très peur, j’ai pensé que j’allais me retrouver quelque part en Sibérie. Cela a mis un bémol à l’euphorie que j’éprouvais à entendre partout parler russe. J’étais choqué de voir la vie organisée ainsi.
 
Avez-vous vu en Russie ce que vous vouliez y voir ?
Non.
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Vous ne deviniez pas comment vivaient les gens en Union soviétique ? Pouviez-vous avoir des informations fiables sur la vie en Russie ?
 
Il y avait de l’information négative, parce que dans notre milieu, nous connaissions l’existence des répressions politiques et à cette époque elles étaient nombreuses. Mais une chose est de savoir et une autre de voir. J’étais de toute façon attiré par la Russie, le peuple lui-même m’était proche, malgré la grossièreté dans les relations entre les gens qui régnait dans la Russie de ce temps-là. Nous sommes probablement habitués à une politesse superficielle et un sens des convenances, pas toujours sincère, mais il me semble que c’est mieux que la muflerie non dissimulée que l’on sentait si fort en Union soviétique, dans les magasins et partout. Pourtant j’ai rencontré beaucoup de réactions sympathiques. Par exemple, tout le monde nous a dit que si nous avions des difficultés pour nous déplacer, il suffisait d’arrêter une voiture et que les gens comprendraient tout de suite que vous étiez étranger. Alors ils vous conduiraient n’importe où. Il est vrai que pour ce service, ils recevaient de nous un paquet de cigarettes américaines, mais je ne pense pas qu’ils comptaient là-dessus.
 
Vous avez eu l’occasion de vous entretenir personnellement avec des Russes, de parler à cœur ouvert avec quelqu’un ? Car à cette époque, les groupes d’étrangers qui arrivaient en Union soviétique étaient sous la surveillance du KGB et la conduite des étrangers était sévèrement contrôlée.
 
Oui, un jour nous avons eu une aventure assez intéressante : nous avons été reconduits par un « camarade » qui a refusé le paquet de cigarettes et nous a proposé de venir chez lui simplement pour parler. Il nous a laissé son adresse et nous sommes allés chez lui le lendemain, ma femme et moi. Maintenant j’aurais peut-être des craintes, mais en ce temps-là j’étais assez naïf, malgré la disparition de tant de gens. Dans bien des pays, des Russes disparaissaient, surtout ceux qui étaient de la catégorie des « réfugiés ». Eh bien, cet homme-là habitait un logement assez confortable, ce qui m’a mis en alerte. Car peu de gens jouissaient d’un logement pareil en Union soviétique. Je lui ai raconté mon histoire, parlé de la vie en Belgique. Je ne sais plus maintenant quelle était la profession de cet homme, qui occupait probablement un poste à responsabilités. De lui-même il m’a dit : « Vous savez, je ne pourrai plus vivre longtemps dans ce pays, parce que nous vivons tous dans le mensonge. Je ne veux pas que mes enfants soient élevés là où règne le mensonge. » Je lui ai dit prudemment que chez nous tout n’était pas si net. En tout état de cause, notre entretien s’est terminé paisiblement et trois ans plus tard j’ai reçu de lui une carte postale d’Amérique.
 
Vous vous sentez Russe bien que vous n’ayez jamais vécu en Russie, que votre femme soit Anglaise et que vous ayez travaillé dans beaucoup de pays d’Europe ?
 
Oui, je me considère comme Russe.
 
Mais vous vous considérez comme Européen également ?
 
Bien sûr ! Mais sur le plan culturel, je serai toujours pour la Russie. Je comprends, bien évidemment, que Poutine est loin d’être Cameron, et sur beaucoup de points je n’approuve pas sa politique, mais il est mieux que Staline. Certains disent que non, qu’il est même pire, mais je ne suis pas d’accord. Le système politique là-bas est loin d’être idéal, mais la Russie a son propre destin, sa propre façon d’être et on ne peut pas porter un jugement global : « On ne peut que croire en la Russie » [Citation du poète Tiouttchev—NdT.]. Car Poutine a beau avoir été du KGB, il est intelligent. La Russie n’est pas encore mûre pour une démocratie de style britannique. On ne peut pas attendre qu’après Gorbatchov, il y ait tout de suite un parlement en Russie, comme en Angleterre, une presse libre, etc. La Russie, c’est un poids lourd, où tout se fait lentement. C’est aussi dans le caractère russe. Il n’y a pas de quoi se presser. On a le temps…
 
Vous avez aussi ce caractère-là ?
Hélas, oui.
 
Personnellement, avez-vous jamais eu envie de retourner en Russie avec votre expérience et d’une manière ou d’une autre, d’aider à rehausser le niveau spirituel du pays, d’aider par vos connaissances sur le plan professionnel ?
 
Il m’a toujours semblé, ce qui était particulièrement justifié avant la péréstroïka, que je n’aurais tout simplement pas pu supporter le niveau de vie, la grossièreté environnante, la dureté dans les relations. Je dois avouer que j’ai manqué de courage. Ce que j’aurais pu faire et l’aide que j’aurais pu apporter, c’est bien plus important que mes craintes personnelles ou que les vexations à supporter de la part de mufles au restaurant, dans le bus ou au magasin. On se serait fâchés, un point c’est tout, sans conséquences. En ce sens, je suis trop faible de caractère. J’attache beaucoup d’importance à mon cadre de vie, au niveau de culture qui se manifeste dans les petites choses du quotidien. Bien qu’en Russie il se fasse tant de découvertes en sciences, dans les techniques et les domaines de la culture. Voyez : tellement de musiciens célèbres dans le monde sont russes, tant les interprètes que les compositeurs.
 
En fait vous avez trouvé la Russie à l’étranger, votre Russie, et c’est directement lié à la foi, à l’église. Vous avez été pendant très longtemps le marguillier de l’église de Saint-Job-le-Grand-Souffrant à Bruxelles. Dites-nous : y a-t-il une différence entre les paroissiens et la vie culturelle dans le cadre de l’église, à cette époque-là et aujourd’hui ?
 
La vie de l’église a beaucoup changé, il y a relativement peu de temps, je veux dire depuis une vingtaine d'années. Nous avons eu une période difficile avec le recteur. À l’époque il s’agissait de la fusion de l’église Hors-frontières avec le patriarcat de Moscou. Nombreux étaient les opposants, y compris le recteur. Mais un groupe de paroissiens de notre église étaient « pour » car ils comprenaient, historiquement, que cette fusion était indispensable. Bien sûr, on ne peut comparer les petites paroisses en Europe avec 50 millions d’Orthodoxes en Russie. Mais nous avons consenti à cette fusion qui s’est produite sur décision du synode des évêques de l’Église russe hors-frontières. Dieu merci, ensuite le calme est revenu.
 
Qu’est-il advenu ensuite du prêtre ?
 
Il a été réduit à l’état laïc. Tous ces événements se sont passés dans les années 2000. Avant cela, l’organisation de la paroisse était familiale. Mais après que cette affaire ait été portée devant les tribunaux belges, il nous a fallu immédiatement mettre l’organisation de l’église en conformité avec la législation belge. Depuis lors, c’est Dimitri Alexéiévitch de Heering qui s’occupe brillamment de cela. Tout se fait selon les règlements, selon la loi, toutes les réunions ont lieu quand il le faut, fréquemment. Quand j’étais marguillier, nous n’avions pas plus de deux ou trois réunions par an. Cela m’arrangeait très bien. À vrai dire, Maria Nikolaievna Apraxine et d’autres m’aidaient beaucoup. Mon mandat de marguillier s’est passé très facilement. J’ai moi-même demandé à en être déchargé à cause des infirmités de la vieillesse, parce que je suis presque aveugle et que j’entends mal.
 
Comment a changé l’atmosphère de l’église après cette rupture ?
 
Elle a changé. Par exemple, je ne connais personne à l’église. Et je suis enthousiaste quand je vois beaucoup de monde aux offices. Il y a maintenant autant de monde le dimanche qu’il n’y en avait jadis à Pâques. Autrefois nous connaissions tout le monde. Il y avait une famille de sept enfants, les Nabokoff. Je me souviens que le recteur, un homme brillant, le père Dimitri Hvostoff, disait : si les Nabokoff sont présents, l’église est pleine.
 
Qui des prêtres vous était le plus proche ? De qui vous souvenez-vous le mieux ?
 
Précisément du père Dimitri Hvostoff. C’était un homme exceptionnel, profondément spirituel, mais dans le siècle aussi. Certains se souviennent encore de ses plaisanteries salées.
 
Parlez-nous de votre famille. Vos enfants sont orthodoxes ?
 
Nos trois enfants, deux garçons et une fille, sont mariés et nous avons 9 petits-enfants. Tous sont baptisés orthodoxes.
 
Gardez-vous des traditions familiales russes ? Dans le livre de votre père Au service de la patrie, il décrit superbement comment on fêtait Pâques, quelle grande fête c’était pour toute la famille, avec quelle piété on l’attendait ; il se rappelle les traditions qui se répétaient d’année en année, les rituels coutumiers et même certaines expressions du prince Vladimir Andréiévitch, qu’il prononçait avec une constance enviable. Y a-t-il quelque chose d’analogue dans votre famille ?
 
Bien sûr, pour la semaine sainte nous observons plus ou moins l’ordre décrit par mon père de manière si touchante. Et nous terminons par un repas solennel après la fin du carême. La Noël se passe selon la tradition anglaise.
 
Que souhaiteriez-vous aujourd’hui aux jeunes paroissiens de notre église ?
 
Les jeunes qui la fréquentent aujourd’hui sont bien plus russes que moi. Mais je leur souhaiterais tout de même de ne pas oublier la culture et la littérature russes. Et malgré tout ce qu’on dit aujourd’hui à propos de la Russie, de croire dans ce grand pays. J’espère que mes enfants et petits-enfants seront encore fiers d’avoir du sang russe. Comme chrétien, j’espère que l’orthodoxie russe sortira de l’ornière dans laquelle elle est enfoncée, qu’elle s’ouvrira davantage et tolèrera mieux l’évolution de la culture mondiale.


Interview : Tatiana Andrievskaya.
 
 

[1] Piotrków, Un des dix gouvernements (1867-1917) des « Pays de la Vistule » la partie, annexée par les Russes, du Royaume de Pologne démembré. Les autres villes de ce gouvernement, étaient Lodz et Czestochowa—NdT.
 

Du neuf dans la galerie des photos - le 11/04/2015 @ 20:05

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