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La samaritaine
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Archiprêtre Léonide Grilikhès

LA SAMARITAINE
 
Notre état pécheur et déchu se manifeste entre autre par le fait que nous avons désappris à communiquer. Si souvent ce que nous disons est sans but et stérile, ne sert ni à s’enrichir mutuellement, ni à éveiller la pensée, est vide, superficiel, sans objet, des paroles privées de force, de sens et d’expressivité… Cela se remarque particulièrement quand il est question des objets spirituels. Nous parlons, mais notre parole ne peut passionner personne. Nous parlons, mais notre parole est fade, insipide, ne nourrit personne. Nous parlons, mais nous avons sur la langue un ensemble de phrases pieuses stéréotypées et rien ne change. Nos paroles sont totalement dépourvues d’effet.
 
Mais telle n’est pas la Parole de Dieu. Le prophète Isaïe donne une comparaison : comme la pluie ou la neige envoyées du ciel n’y retournent pas, mais humidifient la terre de sorte qu’elle devient fertile, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange, ainsi la parole sortie de la bouche du Seigneur ne Lui retourne pas vaine, mais fait ce qui Lui plaît.
 
L’Evangile d’aujourd’hui découvre devant nous la force étonnante de la parole—la parole que le Seigneur adresse à la Samaritaine, et qui a exercé un effet si rapide que peu de temps après non seulement la Samaritaine, mais la ville entière est sortie à la rencontre du Christ et tous ces gens Lui demandent de rester avec eux et ils Lui confessent leur foi. Le Seigneur a jeté en terre la semence de Sa parole, et cette semence a immédiatement porté son fruit : les champs sont tout blancs d’épis mûrs, prêts pour la moisson.
 
Le Seigneur dit à Ses disciples : Allez, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Mais dans la lecture d’aujourd’hui, nous voyons le Maître Lui-même des pêcheurs qui jette le filet de la foi et y prend les âmes des hommes.
 
En même temps, l’entretien du Christ avec la Samaritaine nous donne une leçon remarquable : il nous apprend comment, sur quelle base et dans quelles conditions, peut se construire une relation avec une personne éloignée de la foi et de la piété.
 
Commençons par les conditions : les plus défavorables qui soient. Tout d’abord, l’interlocutrice est une femme, or pour les docteurs de la loi juive, parler aux femmes est une occupation tout à fait indigne. Deuxièmement, c’est une femme d’une autre tribu, pire encore : une Samaritaine. Pour les Juifs, les Samaritains sont une espèce méprisable et réciproquement, pour les Samaritains les Juifs. Enfin, et le Seigneur ne l’ignore pas, cette femme a eu six maris et elle vit dans la fornication. Autrement dit, ce n’est pas seulement une étrangère, c’est l’opposé absolu. Entre elle et le Seigneur, il y a un abîme infranchissable. Comment donc attirer une personne complètement étrangère ?
 
Effectivement, nous savons tous comme il est compliqué non seulement d’attirer, mais ne serait-ce que de ne pas repousser, établir un lien quelconque avec une personne quand il n’y a pas de points communs, quand ces deux personnes sont de deux mondes différents, et encore heureux si ces personnes sont seulement étrangères et pas des ennemis irréconciliables.
 
Et s’il se conserve ne serait-ce qu’un petit espoir, ténu, de compréhension. Car cette Samaritaine devait bien avoir une minuscule poignée de cette bonne terre qui allait permettre de recevoir la semence de la Parole, semée par Celui qui s’entretient avec elle.
 
Et nous ouvrons de nouveau notre évangile et nous tâchons d’examiner attentivement chaque mot du récit. Le Seigneur passe par la Samarie, à proximité de la ville de Sychar, et il est fatigué du chemin. Il s’est assis pour se reposer sur la margelle d’un puits, c’était environ la sixième heure. L’évangéliste donne-t-il l’heure par hasard ? Certainement pas ! Qu’est-ce que la sixième heure ? La sixième heure dans la Bible, pour notre temps à nous, c’est midi, l’heure la plus terriblement chaude. Dis-moi où tu te reposes à midi, demande la bien-aimée à son bien-aimé dans le Cantique des Cantiques. Midi, c’est l’heure du repos, lorsqu’en Orient on essaie de se réfugier à l’abri de la maison ou du jardin et il n’y a personne dehors. Et effectivement, au puits où à une autre heure il pouvait y avoir beaucoup de monde, où on se rencontre, où on parle, où on échange les nouvelles, à cette heure là il n’y a personne. Au puits, il n’y a que le Sauveur et la Samaritaine. Il est fatigué du chemin et s’est assis pour se reposer. Mais pourquoi va-t-elle chercher de l’eau en plein midi, en pleine canicule ? Il est clair qu’elle redoute les rencontres inutiles. Elle cherche à se cacher des yeux, des regards qui la jugent, des femmes qui chuchotent derrière son dos. Autrement dit, elle a honte de se montrer. Mais peut-être cette honte est-elle cet élément qui donne l’espoir d’une renaissance. Elle vit dans le péché, mais elle ne cherche pas à se justifier, elle ne considère pas son péché comme une norme, elle n’est pas encore arrivée à la démonstration cynique de son déshonneur, à ce qui dans le langage de la Bible s’appelle le blasphème. La honte est le dernier rempart du bien, et si la personne n’a pas complètement perdu toute honte, elle n’est pas perdue, pas perdue pour Dieu.
 
Et le Seigneur S’adresse à la Samaritaine : Donne-moi à boire. En venant dans le monde, le Seigneur a rendue plus petite Sa Divinité, et chaque fois qu’Il s’approche d’un de ses petits, Il Se rend encore et encore plus petit. Donne-moi à boire, c’est une demande d’aide. Ce n’est pas moi qui t’aide, c’est toi qui peux m’aider. Ce n’est pas toi qui as besoin de moi, mais moi qui ai besoin de toi. Donne-moi à boire, en ces quelques mots, le Seigneur supprime tout l’abîme d’étrangéité et dispose envers Lui la Samaritaine. Cette femme pouvait attendre n’importe quoi mais pas ces mots-là. Habituée au mépris, aux mines dégoûtées des autres Samaritains, pouvait-elle s’attendre à une attitude bonne et ouverte de la part de ce Docteur de la loi juive, au beau visage : comment toi qui est Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis Samaritaine ? Car les Juifs n’ont pas de contacts avec les Samaritains.
 
Le plus compliqué et le principal est peut-être fait: l’un interroge, l’autre répond, et cette absence de contact est surmontée. Nous ne sommes déjà plus des ennemis, nous ne sommes déjà plus étrangers l’un à l’autre ou, au moins, nous pouvons maintenant commencer à parler tranquillement de ce qui nous divise. Mais n’oublions pas que cela n’est devenu possible—et possible même pour le Seigneur—que grâce à Son humilité, à Lui qui se fait tout petit. C’est une première chose. Et la deuxième : même l’abîme de péché et d’ignorance ne doit pas estomper à notre regard cette bonté, même infiniment petite, qui vit encore dans la personne ou au moins la honte de ce qu’il n’a rien de cher. Mais seul l’amour est capable de réaliser cela. Et ce n’est qu’en aimant son interlocuteur, si lointain qu’il soit, que nous pouvons compter nous comprendre mutuellement. L’abîme de l’amour Divin surmonte l’abîme de l’étrangéité : le Seigneur s’adresse à une femme, à une Samaritaine, à une fornicatrice, et elle Lui répond…
 
La suite de l’entretien révèle la totale ignorance religieuse de la Samaritaine. Au livre du prophète Jérémie, le Seigneur S’appelle Lui-même deux fois source d’eau vive (Jr 2,13 ; 17,13) ; de même le Psalmiste dit : Seigneur…Tu as la source de vie (Ps 35,10). Mais apparemment, ces deux images spirituelles tirées de l’Ancien Testament n’étaient absolument pas connues de la Samaritaine avec qui le Seigneur S’entretient. D’ailleurs, aurait-elle pu les connaître ? car la Bible des Samaritains se limitait au Pentateuque. Probablement toute sa science dans ce domaine se limite-t-elle aux traditions locales (ce puits et cette ville sont liés au nom du patriarche Jacob) et aux rites (Il faut se prosterner devant Dieu en un lieu spécial, le mont Garizim) et l’expression « l’eau vive » n’est pas plus pour elle que le synonyme de l’eau qui coule ou de l’eau qui rafraîchit. Et quand le Seigneur dit à la Samaritaine : celui qui boira l’eau que Je lui donnerai n’aura plus jamais soif, mais l’eau que Je lui donnnerai se fera pour lui source d’eau coulant en vie éternelle, elle ne comprend sans doute pas le sens mystérieux, spirituel, de ces paroles, elle ne comprend pas et c’est pourquoi elle semble ne pas entendre ces mots, ne pas les remarquer. De tout ce qui lui est dit, elle s’accroche seulement à ce qui l’émeut : celui à qui je donnerai de l’eau n’aura plus jamais soif. Et l’idée jaillit en elle ; il sera possible de ne plus jamais venir au puits, à l’endroit où j’ai tant eu à endurer la honte, là où je vais tous les jours dans la chaleur de midi, en me cachant de tous : Seigneur, donne-moi de cette eau pour que je n’aie plus soif et que je ne doive pas venir ici.
Peux-tu comprendre ce que je te dis : tu n’es pas digne de ce don de Dieu que j’essaie de t’expliquer : tu ne penses qu’à ce qui te touche : remarquez qu’aucun de ces mots susceptibles de repousser la Samaritaine ne sort de la bouche du Sauveur (encore et encore, essayons d’assimiler cette leçon évangélique de communication). Mais donner cette eau capable d’étancher la soif spirituelle, donner ce don de Dieu, ce n’est pas du tout possible. Car rien d’impur n’entrera dans le Royaume des Cieux ; Le Seigneur dit : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche. »
Et la Samaritaine ne comprend pas pour l’instant ni la pureté ni le repentir. Mais cela n’arrête pas l’amour de Dieu et le Seigneur va plus loin. Il essaie doucement d’amener cette femme, qui vit dans l’adultère, dans une union illégitime, à confesser son péché : va, appelle ton mari et reviens ici. Mais au lieu du repentir, c’est un mensonge éhonté : je n’ai pas de mari. Et de nouveau, dis : tu mens, tu en as eu cinq et maintenant tu vis avec le sixième, et on peut mettre un point final.
 
Tu mens—dans ces mots on sent la colère, mais la colère ne crée pas la vérité de Dieu. La vérité de Dieu est dans l’amour et le Seigneur continue à manifester non seulement un Amour indestructible, mais une Sagesse victorieuse de tout : tu as dit la vérité, que tu n’as pas de mari, car tu as eu cinq maris, et celui que tu as n’est pas ton mari. Tu l’as bien dit : Au lieu de dire : tu mens : il dit : tu as dit la vérité. Bien sûr, le Seigneur ne veut ni complimenter ni justifier ainsi la Samaritaine : Il a dénoncé son péché, mais en le dénonçant il trouve un mot pour ne pas la repousser loin de Lui.
 
Comme elle avait peur de ces paroles : elle se cachait, elle fuyait les gens pour que personne en la montrant du doigt, ne dise : tu vis avec le sixième. Comme elle avait peur de lever les yeux et de rencontrer un regard de condamnation ou de moquerie. Mais le Seigneur l’a épinglée de telle manière que, en regardant vers Lui elle n’a vu ni condamnation ni colère, mais elle a pu voir en Lui quelque chose de plus, quelque chose qui sort des limites de l’homme habituel : Seigneur, je vois que Tu es un prophète.
 
Ne répétons pas ce qui a déjà été dit bien des fois : le témoignage personnel, la confrontation avec une personne qui manifeste en elle de la sainteté, est capable de produire une impression, bien plus décisive pour se corriger que des centaines de mots. Voyant en son interlocuteur un prophète, la Samaritaine commence à l’interroger sur l’adoration de Dieu : où faut-il adorer : sur le mont Garizim ou à Jérusalem ? Et le Seigneur lui répond : crois-moi, l’heure vient où ce n’est plus sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… Dieu est esprit et ceux qui L’adorent doivent L’adorer en esprit et en vérité.
 
Ainsi, l’entretien qui avait commencé par des paroles sur l’eau, le puits, le puisoir,  se transforme en un mandement sur la nature spirituelle de la Divinité et sur l’adoration en esprit.
 
La femme a dit : Je sais que quand viendra le Christ, Il nous annoncera tout. Jésus lui dit : C’est Moi.
 
L’expression « c’est moi » est capable de produire une impression diverse, selon celui qui le dit, que ce soit ton condisciple ou ton professeur, un collègue de travail ou le directeur. Mais entendre « c’est moi » de Dieu n’est pas seulement terrible et infiniment majestueux : il y a une différence colossale entre ce « c’est moi » prononcé par une homme et « c’est Moi » que prononce Dieu. « C’est moi », en slavon Az yesm, c’est le nom avec lequel, dans le tonnerre et les éclairs, Dieu se manifeste au Sinaï. C’est Moi (Moi avec une majuscule) est identique à une épiphanie, et on ne peut l’entendre qu’en esprit et en vérité, parce que tout le reste n’est pas ce même divin Moi.
 
Un peu plus tard, quand les disciples reviennent vers le Christ après avoir acheté de la nourriture, ils disent, Rabbi, mange. Mais le Seigneur leur répond. J’ai une nourriture que vous ne connaissez pas… Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui M’a envoyé. En quoi donc consiste cette volonté ? La Volonté de Celui qui M’a envoyé, dit ailleurs le Seigneur, c’est que tout homme qui voit le Fils et qui croit en Lui aie la vie éternelle (Jn 6,40). La vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu, et Jésus Christ que Tu as envoyé (Jn 17,3). Faire la volonté du Père, c’est abreuver d’eau vive, qui coule en vie éternelle. Faire la volonté du Père, c’est étancher la soif de connaissance de Dieu.
 
En commençant à parler avec la Samaritaine, le Seigneur se conforme à la nature humaine, mais dire « c’est Moi », il ne le peut que comme Dieu. En Christ il n’y a pas de moi humain. En Christ il y a un seul Moi, une personne, la Personne divine du Fils, qui naît du Père avant les siècles. Si tu connaissais le Don de Dieu et Celui qui te parle, dit le Seigneur au début de son entretien. Ayant dit ce « c’est Moi », Il lui donne de connaître le don de Dieu, de connaître en Esprit Celui qui S’adresse à elle.
 
Et cette connaissance change du tout au tout la vie de la personne. Ayant goûté l’eau qui vivifie, la Samaritaine laisse là sa cruche, elle court à la ville et dit aux gens : venez voir L’Homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Et qu’a-t-elle fait ? Que Lui a-t-Il dit ? Qu’elle vit illégitimement déjà avec un sixième mari. Le fardeau du péché est tombé, et si autrefois elle avait peur de se montrer aux regards, désormais elle court elle-même vers les autres. Si autrefois elle se cachait par honte, maintenant elle ne veut même plus penser au passé, mais toutes ses pensées, toute sa joie, sont de L’annoncer : Venez voir. Ne serait-il pas le Christ ?
 
Telle est la parole de Dieu qui descend vers la faiblesse humaine, qui nous donne de voir le meilleur encore en nous, Il nous attire à Lui et nous libère des liens du péché, et non seulement Il nous enseigne, nous prêche, nous dirige sur la bonne voie, non seulement Il nous amène au repentir, mais Il nous manifeste la puissance de Dieu, en nourrissant l’âme d’une connaissance de Dieu cachée, de la connaissance de Dieu le Père, par le Verbe que le Père a envoyé et qui nous est apparu.

Date de création : 10/06/2013 @ 08:42
Dernière modification : 10/06/2013 @ 08:45
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